Saturday, 25 June 2016

Cours de violon

Par Vio

J'ai commencé à apprendre le violon occidental en Ecosse en octobre 2004. Depuis avril 2008, j'apprends le violon classique du nord de l'Inde (hindustani) avec Pt. Sukhdev Mishra à Varanasi. J'ai commencé à enseigner le violon indien à Varanasi en 2011.

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En juillet 2012, j'ai commencé à enseigner le violon à Khajuraho en échange de cours gratuits que je prenais avec l'un des seuls professeurs de musique de la ville. Pendant deux ans, j'ai appris la musique folklorique Bundeli avec lui et enseigné le violon à son fils. Puis mon élève a arrêté les cours avec moi car il a déménagé dans une autre ville pour ses études. Au fond, je sentais également qu'il avait appris le violon pour faire plaisir à son père...

C'est difficile de trouver des gens intéressés par la musique classique indienne à Khajuraho. Les jeunes préfèrent la musique de Bollywood, parce qu'ils n'ont pas l'oreille suffisamment musicale pour comprendre une musique inaccessible, obscure comme la musique classique indienne, bien qu'elle constitue leur patrimoine culturel! Il semble également que beaucoup de gens voient la musique comme une compétence inutile car non-lucrative, en particulier dans les familles les plus modestes qui luttent pour gagner leur vie. S'ils ont le temps, les loisirs, l'argent, et l'ouverture d'esprit pour apprendre la musique, ils vont apprendre quelque chose de plus accessible ou populaire comme l'harmonium, le chant, les tablas ou la danse. Le violon est un instrument inconnu, difficile, et on n'en trouve pas à Khajuraho...

Depuis 2012, deux ou trois autres personnes ont voulu prendre des cours avec moi, mais ils sous-estiment l'investissement personnel nécessaire. Les parents demandent en combien de temps l'apprentissage sera "terminé", ou chaque fois que je leur donne un prix (raisonnable) pour les cours privés, c'est trop élevé pour eux. Et lorsque les enfants essayent mon violon, c'est beaucoup trop difficile pour eux et ça s'arrête là. Il semble que la population locale ne soit pas suffisamment intéressée par la culture pour faire preuve de curiosité envers une nouveauté "non lucrative" telle que le violon!

L'histoire de mon élève

Et pourtant, en octobre 2012, j'ai rencontré mon élève le plus diligent, un cousin éloigné, au cours d'un événement familial. Certains membres de la famille souhaitaient m'écouter jouer du violon. Ajay* (alors agé de 12 ans) était tout émerveillé et a voulu essayer le violon, montrant un véritable intérêt pour l'instrument. Dès qu'il l'a essayé, j'ai senti en lui une réelle sensibilité, alors je lui ai dit que je pouvais lui apprendre, et quelques jours plus tard, je lui ai donné une classe d'essai. Il a fallu quelques mois pour qu'il commence régulièrement à prendre des cours avec moi, parce qu'à l'époque je passais beaucoup de temps à Varanasi, et il était aussi timide avec moi au début. Mais je voulais vraiment lui donner des cours, et il est devenu comme mon petit défi. Non seulement je devais lui apprendre le violon à partir de zéro, mais aussi contrairement au fils du professeur de musique, il n'avait aucune connaissance musicale. Il chantait faux, et comme beaucoup de gens ici, il ne savait pas se déplacer de haut en bas dans sa propre gamme de voix, et confondait monter dans la note et monter en volume! Mais il voulait vraiment apprendre et était très curieux, et je savais qu'il avait une petite graine d'artiste en lui. Alors je voulais ouvrir son monde de la musique, d'autant plus que je savais aussi qu'il était issu d'un milieu difficile et qu'il avait un père alcoolique...

Lorsque nos cours ont vraiment commencé, après un de mes voyages mensuels à Varanasi, Ajay m'a dit que pendant mon absence il avait pratiqué son "violon" sur un bâton de bois! De fait, quand il a repris mon instrument après un mois, j'ai trouvé qu'il avait fait des progrès!! J'étais émerveillée. Il me surprenais à chaque classe, avec son initiative, ses questions pertinentes, sa concentration, son dévouement, et la rapidité avec laquelle il saisissait les choses. Au début, comme il n'avait pas de violon, je m'enregistrais jouer et chanter ses exercices pour qu'il puisse mettre les fichiers dans son téléphone, les écouter régulièrement et au moins pratiquer le chant. Bientôt, cependant, il est devenu évident que je devais lui trouver un violon... Je ne voulais pas lui en acheter un, parce que je savais que je devais être prudente et pas trop généreuse. En Inde, les gens peuvent être très jaloux et bavards, et je ne voulais pas que sa famille pense que j'en faisais trop...

Un violon pour Ajay

Finalement j'ai eu une bonne idée: mon premier étudiant avait commencé à apprendre sur un violon à 1500 roupies que son père avait acheté à Bhopal, et après un an, je lui avais ramené un violon à 4000 roupies de Varanasi, que son père m'avait rachetée. Il me suffisait donc de racheter le premier violon du fils de l'enseignant, qui était désormais inutile dans un étui poussiéreux. J'ai mis un peu de temps à convaincre son père, mais finalement il a accepté de me le vendre pour 1000 roupies (moins de 15 €!), et Ajay a réussi à me rembourser en plusieurs fois grâce à ses petits salaires en tant que tatoueur au henné.

Le son du violon était mauvais et il avait l'air vraiment pas cher, mais c'était mieux que rien. Son étui était complètement arraché et sa fermeture éclaire toute usée, mais je n'avais pas jeté le vieil étui de mon violon, alors j'étais heureuse de lui trouver une nouvelle utilisation. Ce violon de très mauvaise qualité était en or pour un enfant défavorisé au coeur de l'Inde! Les cordes graves du violon étaient difficiles à jouer car le chevalet était vraiment de terrible qualité, mais avec un couteau, j'ai fait une nouvelle fente pour la corde de sol, et quand j'ai réessayé le violon, il sonnait déjà mieux! Ajay était vraiment heureux avec son nouvel instrument...

Quelques semaines plus tard, mes amis Jérôme et Marie-Christine Chaumié de l'association Partage et Culture Sarasvati arrivaient en Inde, alors je leur ai demandé si Jérôme (qui est professeur de violon en France) pouvait trouver un bon étui de violon non utilisé à son école de musique. Ils en avaient, donc ils en ont apporté un avec eux pour mon élève. Par chance, il y avait un chevalet dans la boîte, alors j'ai remplacé celui de mauvaise qualité, et désormais, le violon d'Ajay avait un bien meilleur son, ainsi qu'un bon étui!

Les compétences d'Ajay

Depuis qu'il a son propre instrument, Ajay a fait des progrès constants au violon. Aujourd'hui, il chante juste, son oreille s'affine, il devient vraiment bon à la technique indienne de "glissade" sur les cordes, et il a développé un réel intérêt pour la musique classique indienne (ses amis de l'école lui disent qu'il est fou d'écouter cette musique si bizarre)! Il a joué un bon nombre de concerts de bhajans (chant dévotionnel) avec (et sans) moi à Khajuraho, et il adore ça. Notre premier concert a eu lieu en juin 2014, sur la terrasse temple de Brahma à l'occasion d'un évènement pour l'association Blue Bank. (Pour plus de détails vous pouvez consulter notre section promesse écologique).

Shubhendra & Saskia Rao Foundation

En août 2014, le couple néerlando-indien de renommée mondiale basé à New-Delhi, les musiciens Saskia (violoncelle indien) et Pt. Shubhendra Rao (sitariste et disciple de Pt. Ravi Shankar) inauguraient leur fondation Shubhendra & Saskia Rao Foundation, dont l'objectif est de "promouvoir la musique classique [indienne], pas de manière isolée et élitiste, mais en la connectant au monde d'aujourd'hui" et "d'émanciper et élever les gens à travers la musique". Pour en savoir plus sur leur vision, leur mission et leurs objectifs, cliquez ici.

Adepte de leur musique, j'avais rêvé de les rencontrer depuis des années. En septembre 2014, ils ont parlé d'un programme de formation d'enseignement de la musique sur Internet, donc je les ai contactés pour leur dire que j'étais intéressée. Deux semaines plus tard ils m'invitaient à venir à Delhi et j'ai assisté à deux classes avec Saskia pour voir comment ils travaillaient avec les enfants...

Le 14 novembre suivant, pour la journée de l'enfant, je suis retournée à Delhi avec Ajay et nous avons accompagné quelques chansons de leur concert "Music4All Choir", dans l'amphithéâtre Open Plaza à CITYWALK à Saket! En mars 2015, nous sommes retournés à Delhi pour un concert de Saskia et Shubhendra, et Ajay a accompagné un autre de leurs concerts pour enfants de leur Music4All au Habitat Centre, tout seul cette fois! Saskia Rao a également donné des cours à Ajay, et le célèbre couple est très impressionné par son talent et ses progrès rapides...

*Le nom de l'enfant a été modifié pour protéger son identité.

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A propos de l'enseignante

Pour plus d'informations sur mon parcours musical et mes compétences pédagogiques, veuillez consulter mon site personnel (en anglais), notamment:

  • Ma bio,
  • Cours de violon,
  • Mes performances,
  • Quelques mp3s.
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